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SOMMAIRE du N° 12:
HOMMES ET COMMUNES EN REVOLUTION
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EDITORIAL de Serge Bianchi, 2
INTELLECTUELS ET SCIENTIFIQUES
Geoffroy Saint-Hilaire, un naturaliste au grand cceur, Michel Martin, 4
Nicolas Appert ou la révolution des pratiques alimentaires, Serge Bianchi, 8
Bernardin de Saint-Pierre, un utopiste en quête de paradis terreste, Paulette Cavailler, 11
DES ARISTOCRATES AUX DESTINS CONTRASTES
Un émigré, le prince de Condé, Gérard Bécu, 14
Bathilde de Bourbon, la «citoyenne Vérité », Jacques Longuet, 17
Madame de la Briche, une « femme heureuse », Michelle Pluquet, 19
Madame de Laborde face aux tragédies, Raymonde Autier, 21
Un couple victime de la Terreur : les Noailles, Madeleine Thibierge, 25
Fidèle jusqu'à la mort, le régisseur l'Escoffier, Groupe rissois d'histoire locale, 28
UN PERSONNEL POLITIQUE RENOUVELE
Louis Jacques Venteclef : de la commune au département, Philippe Curtat, 31
Un notable montgeronnais : Denis Reymond, Michel Chancelier, 34
Des sans-culottes ruraux, Jacques Brochot, Raymonde Autier, Serge Bianchi, 37
DES CARRIERES DANS LE SENS DE L'HISTOIRE
Le général Canclaux au service de la République, Ballancourt au fil du temps, 43
Oberkampf entre paternalisme et opportunisme, Gérard Bécu, 46
Tronchet, un Palaisien... très parisien, Annick Mellina, 50
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Lambert, bourgeois dourdannais et maître de poste, d'après Émile Auvray, 52
FEMMES DU PEUPLE
Marie Catherine Diard, une marchande de Dourdan, Marianne Chardine, 55
Une bonne femme d'Étampes témoigne, Sophie Di Folco, 60
EN GUISE DE BILAN
Communes en Révolution : la cartographie à l'essai, Serge Bianchi, 62
RUBRIQUES
Les arts: le Temple de la Gloire, le parc de Méréville, Denys Klein, Jacqueline Sabattier, 68
La chanson révolutionnaire : contre les « aristocrates », 71
Curiosité : le patineur Billiaut, d'après Dage et Garriot, 72
Les abonnés de 89 en Essonne, 73
EDITORIAL
Pour esquisser un bilan provisoire de la Révolution en Essonne, nous avons tenté de retracer des destinées individuelles. La Révolution peut en effet être perçue comme une époque de tension permanente entre de multiples intérêts particuliers et une ample aspiration collective – l’intérêt général. Elle n’est pas toujours ressentie comme une rupture dans la carrière de ceux qui la vivent. Pour les intellectuels et les savants, elle peut représenter un tremplin vers la notabilité sans que cessent les activités créatrices. Nicolas Appert, l’inventeur de l’art de conserver les aliments, s’avère citoyen des plus actifs dans sa section des Lombards. Un scientifique universel comme Geoffroy Saint-Hilaire enseigne en l’an II dans une institution à sa mesure avec le Muséum d’histoire naturelle.
A l’inverse, la Révolution peut paraître cruelle aux anciens ordres privilégiés conçus désormais comme des obstacles à la régénération (n° 4/5 pour le clergé). Mais si l’ensemble de la noblesse est lourdement frappé par la disparition de la féodalité, de ses privilèges et prérogatives, les aristocrates ont réagi de façon contrastée, selon leurs personnalités et leur environnement. Ce milieu, homogène par la culture, les liens familiaux et relationnels, éclate à partir de 1789. Les uns subissent les épreuves douloureuses de la terreur, de l’émigration. D’autres rêvent de réformes ou tentent de survivre. Ainsi divergent les routes de deux parents francs-maçons, le prince de Condé et la « citoyenne Vérité », duchesse de Bourbon.
Un nouveau personnel politique profite de l’abaissement des Grands pour prendre la relève. Venteclef mène une carrière infaillible et « tranquille » du service des Montmartel aux responsabilités départementales, de Brunoy à Versailles. D’autres prennent « simplement » la tête de leur commune. Le mouvement sans-culotte peut les propulser sur le devant de la scène en l’an II avant l’épuration de l’an III. Le maire de Méréville conserve de bons rapports avec le ci-devant seigneur quand celui de Ris le combat jusqu’au bout, et que le sans-culotte rural lutte pour les subsistances et la régénération.
Des individus peuvent concilier l’air du temps et leurs compétences professionnelles. Tronchet a défendu le roi mais échappe à la suspicion. L’industriel Oberkampf sauve ses entreprises. Le premier maître des postes de Dourdan concilie ses intérêts avec ceux de sa bonne ville. Et Canclaux, noble et général, doit à ses qualités humaines d’échapper au piège vendéen et au jugement de l’Histoire.
Si la présence des femmes se fait plus discrète qu’à Paris, elle s’affirme néanmoins par le biais des subsistances, du divorce, voire de la politique. La bouillante Anne Antoinette Mien défraie la chronique parisienne par ses écarts de conduite.
A la diversité de ces comportements, souvent exemplaires, répond la diversité des réactions de nos communes face à la Révolution. Certes un nord, plus réceptif, patriote et sans-culotte, s’oppose à un sud beauceron, plus réticent et conservateur. Mais que d’exceptions ! Des localités passives sur les plans politiques et religieux s’avèrent parfois intraitables pour le droit aux subsistances et la défense des communaux. Aux communes « révolutionnaires » comme Ris et Montgeron, en pointe dans la plupart des mouvements, s’opposent des villages « immobiles », qui, autour de Maisse et de Saclas, n’ont connu que « l’écume » des journées révolutionnaires. D’autres bourgs ont été simplement « révolutionnés » comme Crosne et Epinay-sur-Orge, sans régénération ni résistances spectaculaires.
En définitive, cette richesse des expériences et des sources historiques a surpris et conquis les rédacteurs de 89 en Essonne. Pendant deux années et demie passées au service de notre revue, une véritable équipe de chercheurs bénévoles s’est affirmée et soudée, partageant les découvertes, les déceptions, les affres de l’écriture, de la relecture et de l’échéance bimestrielle. Malgré les
difficultés, le cap a été maintenu. 89 en Essonne se voulait dès les débuts une revue pluraliste, apte à jeter un pont, même modeste, entre les abonnés, lecteurs de 1989, et la génération qui a vécu la décennie révolutionnaire. Sans aucune publicité ni sponsor, avec le soutien d’un public fidèle, de collectivités chaleureuses et de notre imprimeur, notre revue est parvenue au terme de ces 12 numéros, qui constituent déjà un acquis et une référence inestimables.
Mais cette aventure ne peut s’interrompre aussi brutalement. Le Comité du bicentenaire en Essonne poursuivra son activité jusqu’en 1999 par des recherches et des publications sur des thèmes inédits. Plutôt que d’un adieu à nos lecteurs, il s’agit d’un Salut et Fraternité à tous ceux qui ont partagé la passion commune de redécouvrir nos racines et préserver la mémoire collective du passé de l’Essonne en Révolution.
Serge Bianchi